Le tatoueur brésilien Gustavo Araujo a construit sa carrière autour de l'un des domaines les plus exigeants techniquement du tatouage : le recouvrement. Né à Vilhena, Rondônia, dans la région nord du Brésil, il tatoue depuis 10 ans, les six dernières années ayant été consacrées au développement et au perfectionnement de sa propre approche pour recouvrir les anciens tatouages.
Pour Gustavo, le tatouage de recouvrement n'est pas seulement une question de cacher ce qui est déjà sur la peau. Une grande partie de son travail concerne des personnes qui portent des tatouages liés à un inconfort, un poids émotionnel, ou à une version passée d'eux-mêmes avec laquelle ils ne s'identifient plus. Grâce au réalisme noir et gris, à une composition forte, à la texture, au contraste et au flux anatomique, il vise à créer une nouvelle pièce qui change la façon dont le client perçoit son propre corps.
Son travail lui a valu une reconnaissance au sein de la scène du tatouage brésilien, y compris une expérience en tant que juge lors de la Tattoo Week Brazil. Dans cette interview, Gustavo parle de son parcours dans le tatouage, du côté émotionnel des recouvrements, des défis techniques du travail sur d'anciens tatouages, et de la façon dont le tatouage peut devenir une forme de confiance, de transformation et de croissance personnelle.
Gustavo, quand le travail de recouvrement est-il devenu une partie si importante de votre carrière ?
J'ai commencé à me concentrer sur les recouvrements il y a environ six ans. Au début, je voyais cela comme une opportunité de marché, car il y avait une forte demande et très peu de professionnels vraiment spécialisés dans ce domaine.
Avec le temps, j'ai commencé à me connecter plus profondément aux histoires des personnes qui venaient me voir. Beaucoup d'entre elles ressentaient un inconfort ou une insécurité à cause d'anciens tatouages. Cela a changé ma façon de voir ce travail. Les recouvrements sont devenus bien plus qu'un défi technique pour moi.
Aujourd'hui, je les vois comme un moyen d'aider les gens à modifier leur relation avec leur propre image. Il s'agit de transformer quelque chose avec lequel ils ne s'identifient plus en une œuvre dont ils peuvent être fiers.
Qu'est-ce qui vous a le plus attiré dans les recouvrements en tant que direction artistique ?
Le défi de transformer un ancien tatouage en une œuvre d'art complètement nouvelle m'a toujours attiré. Un recouvrement exige un très haut niveau de rigueur technique et artistique, d'autant plus que le tatouage original affecte souvent la façon dont la personne se sent vis-à-vis d'elle-même.
J'ai également trouvé une voie créative stimulante dans ce domaine. Chaque cas a ses propres limites, et ces limites me forcent à penser différemment. Je dois comprendre ce qui existe déjà sur la peau, ce qui peut être utilisé, ce qui doit disparaître, et comment créer une nouvelle composition qui semble naturelle.
Cette combinaison de difficulté technique, de liberté créative et de signification personnelle est ce qui m'a si fortement lié au travail de recouvrement.
Comment décririez-vous votre style aujourd'hui ?
Aujourd'hui, je décrirais mon style comme du réalisme noir et gris avec un fort accent sur les recouvrements. Je travaille beaucoup avec la profondeur, le contraste, la texture, les ombres et le flux naturel dans la composition.
La plupart de mon travail est réalisé en noir et gris, mais dans certains projets, j'aime ajouter de subtiles touches de couleur. J'utilise la couleur de manière très stratégique, généralement pour attirer l'attention sur une partie spécifique de la pièce ou créer un point lumineux plus doux au sein de la composition.
Pour moi, la partie la plus importante est la personnalisation. Je ne veux pas créer un tatouage qui soit seulement beau isolément. Je veux que la pièce s'harmonise avec l'anatomie du client, respecte le mouvement du corps et transforme complètement l'ancien tatouage en quelque chose de cohérent, harmonieux et naturel.
Vous travaillez souvent avec des portraits, des sculptures et des animaux. Pourquoi ces sujets sont-ils devenus centraux dans votre portfolio ?
Ces sujets me permettent d'explorer la richesse du réalisme en noir et gris, en particulier dans les projets de recouvrement.
Les portraits me donnent l'occasion de travailler des détails subtils tels que la peau, les yeux, les cheveux et l'expression. Les sculptures sont très puissantes car elles sont construites par la lumière, l'ombre, le volume et la structure, qui sont des éléments qui m'ont toujours attiré artistiquement.
Les animaux sont également devenus une partie importante de mon travail car ils apportent de la texture, du mouvement, de la profondeur et des détails à une composition. D'un point de vue technique, tous ces sujets fonctionnent très bien pour les recouvrements car ils me permettent de construire des designs forts et riches en informations qui peuvent transformer un ancien tatouage tout en conservant un résultat final réaliste et équilibré.
Comment abordez-vous généralement le travail avec un client qui souhaite recouvrir un ancien tatouage ?
La première étape est toujours la conversation. Les clients qui viennent me voir pour un recouvrement ressentent souvent une sorte de malaise vis-à-vis de leur tatouage. Beaucoup d'entre eux veulent laisser derrière eux une certaine phase de leur vie et transformer cette marque en quelque chose de plus en accord avec qui ils sont aujourd'hui.
J'essaie donc de comprendre leur histoire, leurs références, ce qui les dérange dans l'ancien tatouage et ce qu'ils veulent ressentir en regardant la nouvelle pièce. À partir de là, je commence à construire un design qui peut fonctionner à la fois émotionnellement et techniquement.
Mon objectif est de créer quelque chose qui recouvre correctement l'ancien tatouage, mais qui donne aussi au client une nouvelle connexion à sa propre image.
Les clients viennent-ils généralement avec une idée claire, ou les aidez-vous à trouver la bonne direction ?
Cela dépend de chaque client. Certaines personnes viennent déjà avec une idée très claire, et nous commençons alors à développer la composition à partir de ce concept. Dans ces cas, mon rôle est de faire en sorte que l'idée fonctionne artistiquement, anatomiquement et techniquement comme un recouvrement.
D'autres clients ne savent pas exactement ce qu'ils veulent que le nouveau tatouage représente. Le processus devient alors beaucoup plus axé sur la conversation et l'échange d'idées. J'essaie de comprendre leur histoire, leurs préférences et le type d'image qui a du sens pour eux.
Souvent, la personne a déjà la réponse en elle, mais elle ne sait pas encore comment l'exprimer visuellement. Mon travail consiste à combiner leurs souhaits avec mes connaissances techniques et artistiques et à transformer cela en un projet de recouvrement solide.
Quelle est la partie la plus difficile de la création d'un bon tatouage de recouvrement ?
Le plus grand défi est de créer un projet entièrement personnalisé pour chaque client. Chaque client a une histoire, des goûts, une culture et une relation différents avec l'ancien tatouage. Je dois absorber autant d'informations que possible et les transformer en un design qui a du sens pour eux.
Après cela vient le défi technique. Certains recouvrements sont plus simples, tandis que d'autres sont extrêmement complexes. Je dois comprendre le tatouage existant, l'obscurité du pigment, l'emplacement, la peau et la meilleure façon de construire une nouvelle composition par-dessus.
Mon objectif n'est jamais de simplement cacher l'ancien tatouage. Je veux créer une nouvelle pièce avec du détail, de la texture, du contraste et du réalisme, afin que le résultat final soit naturel, comme si la peau n'avait jamais été tatouée auparavant.
Selon vous, qu'est-ce qui fait le succès d'un tatouage de recouvrement ?
Un recouvrement réussi est un recouvrement où le motif respecte l'anatomie du client, répond à ses attentes et intègre les références qui sont importantes pour lui. Cela demande de l'attention à chaque étape du processus, de la première conversation aux derniers détails du tatouage.
Bien sûr, le résultat technique est essentiel. L'ancien tatouage ne doit plus être visible, et la nouvelle pièce doit avoir une composition, un contraste et une qualité artistique solides.
Mais le résultat émotionnel compte aussi. Un recouvrement réussi, c'est quand le client quitte le studio en se sentant renouvelé, confiant et fier de porter ce tatouage.
Pouvez-vous nous parler d'un projet de recouvrement qui vous a particulièrement marqué ?
L'un des projets qui a le plus marqué ma carrière a été de recouvrir un bras entièrement noirci, ce que l'on appelle un blackout. Le client avait auparavant recouvert tous ses anciens tatouages en remplissant tout le bras d'encre noire. Plus tard, il a voyagé d'un autre État du Brésil pour venir me voir avec l'idée de transformer ce blackout en une nouvelle œuvre d'art.
Après avoir discuté avec lui et compris ses références, nous avons développé un projet entièrement personnalisé inspiré de l'évolution des espèces et de la théorie de Darwin. C'était une pièce extrêmement difficile et créative, d'autant plus que nous travaillions sur une surface complètement sombre.
Le résultat final a attiré beaucoup d'attention sur les réseaux sociaux et est devenu viral, atteignant un total combiné de plus de 12 millions de vues. Ce projet a apporté une reconnaissance significative à mon travail et a montré à quel point un tatouage peut être puissant lorsque le concept, la technique et la connexion avec le client convergent.
Voir la réaction du client a été la partie la plus importante pour moi. C'était une pièce d'une forte originalité et d'un grand impact, et c'est devenu un moment très spécial dans ma carrière.
Avez-vous participé à des conventions ou des compétitions de tatouage ? Quelles expériences ont été les plus importantes pour vous ?
Les conventions ont une énergie très différente. Elles ramènent le véritable esprit du tatouage : des artistes travaillant côte à côte, échangeant des idées, concourant, apprenant et partageant le même espace avec des gens qui vivent cette culture intensément.
Toutes les conventions auxquelles j'ai participé ont leur propre histoire, mais remporter mon premier prix aux Tattoo Stars a été particulièrement significatif. C'était ma première participation à une convention en personne lors de l'un des plus grands événements au Brésil. Ma famille et mes amis étaient là, ce qui a rendu le moment encore plus fort.
J'ai gagné dans la catégorie recouvrement, et ce fut une expérience extrêmement enrichissante. Cela a confirmé que le chemin que je construisais avec les recouvrements avait de la légitimité et de la reconnaissance au sein de la scène du tatouage.
Vous avez également travaillé comme juge à la Tattoo Week Brazil. Comment avez-vous vécu cette expérience ?
Être juge à la Tattoo Week Brazil, l'une des plus grandes conventions de tatouage au monde, a été une expérience très marquante.
C'était important en raison de l'ampleur de l'événement et de la responsabilité impliquée dans l'évaluation du travail d'autres artistes. J'ai moi-même participé à plusieurs conventions, donc je sais ce que ressent un artiste lorsqu'il présente une œuvre après des heures, voire des jours, de dévouement.
Être de l'autre côté m'a donné une perspective encore plus consciente et respectueuse. Ce fut un moment de grande responsabilité, d'adrénaline et d'apprentissage, et cela restera certainement une étape importante dans ma carrière.

Selon vous, qu'est-ce qui rend la culture du tatouage brésilien si spéciale ?
La culture du tatouage brésilien est spéciale en raison de son mélange d'influences et de l'intensité de la scène ici. Le Brésil possède une base culturelle très riche, avec des références indigènes, européennes et urbaines qui apparaissent sous différentes formes d'art, y compris le tatouage.
La scène est également très compétitive. Les artistes étudient constamment, testent des techniques, améliorent leur travail et se réinventent. Cela élève le niveau général du tatouage dans le pays et établit un standard de qualité élevé.
Un autre point important est la valeur émotionnelle que le tatouage revêt au Brésil. Pour beaucoup de gens, les tatouages sont étroitement liés à l'identité, à l'histoire personnelle et à la transformation. Cela donne à de nombreux projets une dimension plus profonde.
Aujourd'hui, grâce à la puissance des médias sociaux, les artistes brésiliens peuvent atteindre des publics du monde entier. Cette créativité, combinée à la technique et à la diversité culturelle, est ce qui rend le tatouage brésilien si fort et respecté internationalement.

Quels sont vos projets pour l'avenir : conventions, guest spots ou nouveaux projets ?
Mon objectif est de continuer à étendre mon art à différentes parties du monde. Je veux apporter mes techniques de recouvrement et mon approche artistique à de nouveaux publics et à différentes scènes de tatouage à l'échelle internationale.
J'ai toujours été intéressé par l'expérience d'autres cultures, l'échange de connaissances avec des artistes de différents pays et la participation à des conventions à travers le monde. Les États-Unis et d'autres pays avec des scènes de tatouage et d'art fortes m'intéressent particulièrement.
Je crois que ce type d'échange culturel et artistique est très important pour l'évolution de mon travail et ma perspective en tant qu'artiste.
À tous les lecteurs du magazine iNKPPL, je tiens à vous remercier sincèrement pour votre intérêt et votre temps. Je vous invite également à suivre mon travail sur les réseaux sociaux à @gus.tattoo, où je partage davantage sur les recouvrements et la transformation par le tatouage.






